Définition du francolavage

Francolavage / Frenchwashing : comment le définir ?

Résumé en 30 secondes
Le “francolavage” n’est pas une notion officielle : c’est un terme d’usage pour désigner des présentations qui peuvent laisser croire à une origine France d’un produit. La DGCCRF ne définit pas le mot, mais elle encadre ce qui peut induire en erreur sur l’origine.

Notre approche :
– distinguer le francolavage des allégations d’origine inexactes (“Made in France” revendiqué à tort)
– proposer une grille en 4 niveaux pour classer les cas de francolavage
– expliquer quoi faire : vérifier, demander, signaler, contribuer.

Nous traitons dans cet article uniquement des produits non alimentaires, la réglementation sur le marquage d’origine étant différente.

Depuis quelques mois, Better Things intègre une alerte « francolavage ». L’idée est simple — signaler lorsqu’un produit non alimentaire donne l’impression d’être “très français”, alors que son origine se situe ailleurs. Mais très vite, un constat s’est imposé : le mot francolavage est utilisé par tout le monde… sans définition stable. Pour certains, c’est une fraude. Pour d’autres, c’est juste du marketing. Et même entre acteurs engagés, les interprétations divergent.

Or, si l’on veut mesurer sérieusement le phénomène (et c’est l’objectif de l’étude actuellement en cours), il faut d’abord clarifier de quoi on parle. D’autant plus que “francolavage” n’est pas un terme juridique. La DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) et les Douanes ne l’emploient pas comme tel. En revanche, il existe un cadre officiel très clair pour analyser ce que recouvre souvent ce mot. Celui des pratiques commerciales trompeuses et des règles liées aux mentions d’origine.

Cet article a donc un but précis : poser des repères solides, sans raccourci, en distinguant ce qui relève d’une allégation d’origine potentiellement trompeuse, ce qui se situe dans une zone grise (certaines mentions ou symboles pouvant induire en erreur), et ce qui relève d’un marketing identitaire légal. À la fin, vous repartirez avec une grille simple pour analyser des cas concrets en magasin. Et surtout avec des pistes d’action : vérifier, signaler lorsque c’est justifié, et contribuer à plus de transparence.

Pourquoi le terme est devenu incontournable… et confus

Le mot francolavage s’est imposé ces dernières années pour désigner une réalité que beaucoup de consommateurs ressentent en rayon : des produits non alimentaires qui “sonnent français”. Par leur packaging, leurs codes visuels, leur nom, parfois leurs mentions. Alors que leur fabrication ou une partie déterminante de leur production se fait à l’étranger. Autrement dit : une mise en scène de “frenchness” qui peut influencer l’achat, surtout dans un contexte où le Made in France est associé (à tort ou à raison) à une meilleure qualité, à une empreinte environnementale plus faible, ou à un meilleur respect des conditions de travail.

Si le terme circule autant, c’est aussi parce qu’il met un mot sur une difficulté concrète : l’origine d’un produit est souvent complexe. Entre conception, design, composants, assemblage, conditionnement, et lieu de fabrication finale, un même produit peut être “lié” à plusieurs pays. Et les marques jouent parfois sur ces différentes étapes pour valoriser l’une d’elles — la plus “porteuse” — sans forcément expliciter le reste. Elle profite également d’un marquage d’origine non obligatoire au sein de l’UE (!!) sur le non alimentaire, ce qui complique la quête de transparence du consommateur.

La confusion vient surtout d’un point clé : “francolavage” n’est pas un terme officiel. Il n’existe pas de définition juridique unique, et on trouve derrière ce mot des réalités très différentes : parfois une allégation d’origine explicitement fausse, parfois une mention partielle (du type “conçu en France”), parfois un simple marketing d’identité (une belle carte de la France ou une tour Eiffel), et parfois… rien d’anormal. Résultat : deux personnes peuvent regarder le même produit et ne pas être d’accord, parce qu’elles ne parlent pas du même sujet.

C’est exactement ce que nous avons observé depuis l’intégration de l’alerte “francolavage” dans Better Things : selon les cas, les retours oscillent entre “c’est illégal”, “c’est borderline” et “c’est juste du branding”. Et comme nous lançons une étude terrain pour mesurer le phénomène, il nous faut une base commune : décrire ce que recouvre le mot, distinguer les catégories, et s’appuyer sur des repères officiels lorsqu’ils existent (notamment ceux relatifs aux pratiques commerciales trompeuses et aux mentions d’origine).

C’est l’objectif de la suite : clarifier, catégoriser, illustrer par des exemples, puis proposer des actions utiles — sans accusation automatique, et sans minimiser les cas qui méritent d’être signalés.

Stop au Francolavage alerte FIMIF

Une définition simple (et assumée) du francolavage

Pour définir le francolavage, on peut partir d’un test très simple : la perception du consommateur au moment de l’achat. Face à un produit, son emballage, parfois même son présentoir, je me fais une idée spontanée : “ça a l’air fabriqué en France”. Cette impression n’est pas irrationnelle : elle est construite par des indices — mots, symboles, codes visuels, références culturelles — qui orientent la lecture.

Le francolavage commence précisément là : quand cette impression “origine France” est déclenchée, mais qu’elle ne correspond pas à la réalité de fabrication… ou qu’il m’est impossible de la vérifier clairement. Autrement dit, le cœur du phénomène n’est pas un mot précis sur une étiquette : c’est l’écart entre ce que le consommateur est amené à croire et ce que l’origine du produit est réellement (ou ce que l’on peut raisonnablement savoir au moment de choisir).

Dans cet article, nous utilisons donc “francolavage” comme une définition de travail : toute situation où la présentation d’un produit crée, chez un consommateur, une perception d’origine française qui se révèle fausse, non démontrée, ou impossible à confirmer de façon simple. C’est cette expérience concrète — “j’ai cru acheter français, mais en fait non ou je ne peux pas le savoir (et c’est faux)” — que nous cherchons à décrire et à mesurer.

Concrètement, lors d’un relevé terrain, on parle de “signaux de francolavage” lorsqu’on observe par exemple :

  • des mentions valorisant la France sans mention d’origine explicite (“Paris”, “Maison”, “tradition française”, “savoir-faire français”, etc.) ;
  • des mentions partielles pouvant être confondues avec une origine (“conçu en France”, “designé en France”, “assemblé en France”, “conditionné en France”, etc.) ;
  • des symboles ou codes visuels associés à la France (drapeau, cocarde, hexagone bleu-blanc-rouge, imagerie parisienne, typographies et codes “à la française”).

L’idée n’est pas de “faire le procès” d’une marque. C’est de rendre mesurable un mécanisme : la mise en avant d’une identité française, parfois légitime, parfois ambiguë, parfois problématique, et de pouvoir ensuite l’analyser avec des repères plus robustes.

D’où vient le terme ?

Le mot « franco-lavage » s’est diffusé dans le débat public pour désigner une stratégie simple : faire paraître “français” un produit qui ne l’est pas, en jouant sur des codes visuels (bleu-blanc-rouge, symboles, références culturelles) ou des formulations ambiguës. L’expression s’inscrit dans la famille des “washing” (greenwashing, social washing…), c’est-à-dire des pratiques d’image qui capitalisent sur une valeur recherchée par le public : ici, l’attrait pour le Made in France.

Le terme a été popularisé à mesure que certaines situations devenaient visibles : des produits non fabriqués en France, mais présentés avec des marqueurs suffisamment “français” pour créer une association d’idées. Dans ce contexte, plusieurs acteurs ont demandé un encadrement plus strict. Yves Jégo, fondateur d’Origine France Garantie, a notamment défendu l’idée de limiter l’usage de certains marqueurs nationaux (comme le drapeau) sur des produits qui ne sont pas fabriqués en France, au nom de la clarté pour le consommateur et de la loyauté de la concurrence. Il a lancé en janvier 2021 une pétition nationale pour interpeller les parlementaires.

En parallèle, le sujet a pris de l’ampleur grâce aux travaux d’organisations engagées sur le Made in France. La FIMIF (Fédération Indépendante du Made in France) a publié également en 2021 une étude dédiée au phénomène et au marquage d’origine. Elle y décrit le francolavage comme une stratégie marketing jouant sur la confusion entre identité française (marque, design, imaginaire) et origine de fabrication, et met en avant l’ampleur potentielle du phénomène ainsi que ses conséquences économiques et concurrentielles. L’un des apports de cette étude est de montrer que le sujet ne se réduit pas à quelques cas isolés : il existe une variété de procédés — du plus explicite au plus subtil — qui entretiennent une perception “France” sans correspondre nécessairement à une fabrication française.

Estimation impact économique – Francolavage, une enquête exclusive FIMIF 2021

Enfin, cette notion s’est imposée parce qu’elle pointe une difficulté réelle : dans de nombreux secteurs non alimentaires, l’origine n’est pas toujours lisible au moment de l’achat, et le consommateur doit arbitrer à partir d’indices visuels et de formulations parfois partielles. C’est précisément cette zone — entre ce qui est suggéré et ce qui est vérifiable — que le terme “francolavage” cherche à nommer.

Ce que le francolavage n’est pas

Avant d’aller plus loin, un point doit être posé clairement : le “francolavage” n’est pas une notion officielle définie par l’administration. On ne trouvera pas, dans les textes de référence, une définition juridique unique qui dirait “le francolavage, c’est…”. Le terme appartient d’abord au langage courant, médiatique ou associatif. C’est précisément ce qui explique une partie de la confusion : chacun met derrière ce mot des réalités différentes — parfois très éloignées les unes des autres.

Ce n’est pas une catégorie juridique autonome

Dans le droit de la consommation, l’enjeu n’est pas d’identifier un “francolavage” en tant que tel, mais de déterminer si une présentation, une mention ou un symbole peut induire en erreur, notamment sur l’origine d’un produit. Autrement dit : le cadre pertinent existe déjà, mais il s’exprime avec d’autres mots (pratiques commerciales trompeuses, allégations, marquage d’origine, etc.).

Ce n’est pas synonyme de “fraude”

Employer le mot francolavage ne signifie pas automatiquement qu’une marque a commis une infraction. Certaines situations relèvent effectivement d’allégations d’origine problématiques. D’autres sont ambiguës ou mal comprises. Et d’autres encore relèvent d’un marketing identitaire parfaitement légal (par exemple : communication sur l’histoire d’une marque, son ancrage culturel, son siège, son univers graphique), sans affirmer l’origine de fabrication du produit.

Ce n’est pas un débat “France vs pas France” simpliste

Un produit peut être conçu dans un pays, fabriqué dans un autre, assemblé dans un troisième, conditionné ailleurs, avec des composants venant de plusieurs zones.

Sans repères, il est facile de tout mettre dans le même sac. Or, pour parler sérieusement du sujet, il faut distinguer :

  • ce qui concerne l’origine de fabrication (au sens des règles applicables),
  • ce qui concerne des étapes partielles (design, assemblage, conditionnement),
  • et ce qui relève de l’identité de marque.

C’est pour cette raison que, dans la suite, nous allons relier le mot “francolavage” au cadre officiel existant (mentions d’origine et risque d’induire en erreur), puis proposer une grille simple pour analyser les cas concrets sans raccourcis.

Repères officiels : ce que dit la DGCCRF (et ce qu’elle ne dit pas)

Le terme « francolavage » n’est pas une catégorie officielle : la DGCCRF ne le définit pas comme tel. En revanche, elle publie des repères très utiles pour analyser ce que le débat public met souvent derrière ce mot : les pratiques commerciales trompeuses et les mentions d’origine.

1) Le cadre : une information ne doit pas induire en erreur, notamment sur l’origine.

En droit de la consommation, une pratique peut être considérée trompeuse lorsqu’elle repose sur des indications fausses ou susceptibles d’induire en erreur, y compris sur l’origine du produit. C’est le cadre général dans lequel la DGCCRF contrôle les allégations d’origine.

2) L’origine n’est pas une impression : c’est une notion encadrée.

Lorsque des mentions du type « Fabriqué en France / Origine France » sont utilisées, elles doivent être cohérentes avec les règles applicables de détermination de l’origine (références douanières). Autrement dit, ce n’est pas l’univers graphique qui définit l’origine, mais des règles.

3) Certaines formulations et symboles sont explicitement identifiés comme pouvant induire en erreur.

La DGCCRF alerte notamment sur des mentions partielles (« conçu/designé/assemblé/conditionné en France ») qui peuvent suggérer une origine France alors que ce n’est pas forcément le cas. Elle rappelle aussi qu’un drapeau français, une cocarde ou un hexagone bleu-blanc-rouge ne prouvent pas une fabrication en France.

4) Ce que la DGCCRF ne dit pas : elle ne classe pas “le francolavage” en niveaux.

La DGCCRF ne propose pas de typologie “N1/N2/N3”. Notre grille ci-dessous est une grille d’analyse Better Things, construite pour décrire plus finement les situations observées en rayon, tout en restant adossée aux repères officiels (ne pas induire en erreur sur l’origine, clarté des mentions).

Notre grille en 4 niveaux (pour éviter les raccourcis)

Pour clarifier ce que recouvre (ou non) le terme “francolavage”, nous proposons une grille en quatre niveaux. Elle cherche à distinguer des situations qui, dans le débat public, sont souvent mélangées alors qu’elles n’ont ni la même nature, ni les mêmes implications.

Au delà du francolavage — Allégation d’origine inexacte

Quand une origine France est affirmée explicitement (“Made in France”, “Fabriqué en France”, “Origine France”) alors que l’origine réelle n’est pas la France : on sort du francolavage. On est face à une allégation d’origine inexacte, susceptible de relever du cadre des pratiques commerciales trompeuses.

Francolavage — Niveau 1 : Origine suggérée, origine non visible

La fabrication française est suggérée (codes visuels, formulations, univers), mais le marquage d’origine n’est pas visible / accessible au moment de l’achat. L’impression d’une origine France peut donc s’installer sans information claire. Face à ces pratiques, le consommateur est impuissant, puisque la confirmation de l’origine en peut être réalisé pendant la phase d’achat. Elle nécessite un déballage du produit ou un contact avec le service clients.

Francolavage — Niveau 2 : Zone grise (origine suggérée malgré une origine étrangère indiquée)

Une fabrication française est suggérée (conception, design, composant…) alors même qu’une origine étrangère est indiquée. L’ambiguïté vient de l’écart entre ce qui est mis en avant et l’information d’origine affichée (étranger).

Francolavage — Niveau 3 : Marketing identitaire (France)

Ici, il n’y a pas d’allégation sur la fabrication en France. La France sert surtout d’univers de marque (codes culturels, récit, marque française, marqueurs d’écosystème), tandis que l’origine de fabrication est étrangère et indiquée. On est sur un registre identitaire, distinct d’une allégation d’origine.

lors de nos relevés terrain, nous avons pu également découvrir de multiples techniques de présentation des produits dans les rayons et présentoirs pouvant générer la confusion des consommateurs. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus en détails lors de la parution de l’enquête complète.

Comment agir?

Face à ces pratiques, on peut soit baisser les bras ou décider d’agir. Clairement de nombreuses marques comptent sur votre inaction.

1) Vérifier l’information d’origine
Avant de conclure, repérer la mention exacte (fabriqué / conçu / assemblé / conditionné), et où l’origine est indiquée (si elle l’est). Beaucoup de confusions viennent d’une information partielle ou peu visible. Souvent, il suffit de retourner l’emballage.

2) Demander de la clarification (surtout en zone grise)
Quand on est dans une suggestion d’origine ou une zone grise, l’action la plus utile est souvent d’interpeller la marque ou le distributeur : “où est fabriqué ce produit ? que signifie exactement telle mention ?”. La transparence progresse quand la question est posée — et répétée. De notre expérience, 80% des services consommateurs répondent.

3) Signaler quand c’est justifié
Quand une origine France est revendiquée de manière explicite alors qu’elle paraît inexacte, ou lorsqu’une présentation semble clairement trompeuse sur l’origine, il existe des canaux officiels (SignalConso / DGCCRF / FIMIF).

4) Maintenir la pression auprès du législateur
Soutenir les initiatives citoyennes, comme la pétition lancée par Romain Lemant (Directeur commercial de Daan Tech) pour interdire l’usage du drapeau français sur les produits fabriqués à l’étranger

5) Signaler dans l’application et contribuer à l’étude Better Things
Enfin, documenter les cas permet de mesurer le phénomène, de comparer des situations, et de sortir du débat d’opinion. C’est l’objet de notre étude : rendre le sujet quantifiable et actionnable.

Conclusion : rendre visible l’origine, outiller le public, améliorer la transparence

Le “francolavage” est un mot utile parce qu’il met en lumière une réalité : l’origine et la “frechness” sont devenues des arguments puissants, mais aussi des notions faciles à rendre confuses. Le problème, ce n’est pas qu’une marque soit française, qu’elle ait un imaginaire français, ou qu’elle conçoive une partie de ses produits en France. Le problème apparaît quand la présentation d’un produit entretient une ambiguïté sur une information déterminante pour l’achat : où ce produit est-il réellement fabriqué, au sens des règles applicables ?

C’est pourquoi il est essentiel de garder deux idées en tête. D’abord, le francolavage n’est pas une catégorie juridique officielle : pour raisonner correctement, il faut s’appuyer sur les repères existants (pratiques commerciales trompeuses, règles d’origine, publications de la DGCCRF) et éviter les raccourcis. Ensuite, tous les cas ne se valent pas : entre une allégation d’origine explicite, une suggestion d’origine ambiguë et un simple univers de marque, les implications ne sont pas les mêmes — et les actions à privilégier non plus.

La suite est très concrète : mieux informer, mieux vérifier, mieux signaler quand c’est nécessaire, et surtout documenter. Plus nous rendons l’origine visible et comparable, plus nous donnons au public un pouvoir simple : choisir en connaissance de cause, et demander des comptes lorsque l’information est confuse. Si tu veux contribuer, Better Things te permet de scanner, de remonter des cas et d’alimenter l’étude. L’objectif est simple : faire de la transparence une norme, plutôt qu’une exception.

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